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Japon: dissolution du Parlement, l'inflation au cœur des débats
information fournie par AFP 23/01/2026 à 10:27

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi donne une conférence de presse à Tokyo, le 19 janvier 2026 ( POOL / Rodrigo Reyes Marin )

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi donne une conférence de presse à Tokyo, le 19 janvier 2026 ( POOL / Rodrigo Reyes Marin )

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a dissous vendredi la chambre basse du Parlement, tablant sur sa popularité pour emporter les législatives anticipées le 8 février, qui se tiendront dans un climat de mécontentement populaire lié à la forte inflation.

La dissolution a officiellement eu lieu dans la matinée: le président de l'institution a lu une lettre dans l'hémicycle, tandis que les députés scandaient le traditionnel cri de ralliement "Banzai!".

Voulue par Mme Takaichi, devenue en octobre la première femme cheffe du gouvernement de l'archipel, elle ouvre la voie aux élections législatives anticipées.

La dirigeante ultra-nationaliste mise sur ses bons sondages d'opinion pour doper les scores de son Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste), alors que la coalition gouvernementale n'est majoritaire que de justesse au Parlement.

Ce scrutin est placé sous le signe de l'économie dans un pays longtemps hanté par la déflation mais confronté depuis 2022 à la flambée du coût de la vie et à la faiblesse chronique du yen qui renchérit les produits importés.

Juste avant cette dissolution, des chiffres officiels ont fait état d'un ralentissement de l'inflation (hors produits frais) à 2,4% sur un an en décembre, après 3% en novembre.

Une tendance qui s'explique essentiellement par les subventions énergétiques, tandis que les prix alimentaires continuent de bondir, le riz s'envolant encore de 34% sur un an.

La céréale est même devenue un symbole: son prix avait plus que doublé mi-2025. Le mécontentement populaire pour l'inflation a largement contribué à faire tomber Shigeru Ishiba, le prédécesseur de Sanae Takaichi.

Soucieuse de rassurer, cette dernière a dévoilé en novembre un plan de relance équivalant à 117 milliards d'euros pour soulager ménages et entreprises, avec subventions et allocations.

La Banque du Japon (BoJ), qui resserre sa politique depuis début 2024 pour juguler l'inflation, a relevé en décembre son taux directeur au plus haut niveau depuis 30 ans. Elle a choisi lundi le statu quo monétaire mais continue de scruter la flambée des prix.

Des sacs de riz en vente dans un magasin de Tokyo, le 18 juillet 2025 ( AFP / Kazuhiro NOGI )

Des sacs de riz en vente dans un magasin de Tokyo, le 18 juillet 2025 ( AFP / Kazuhiro NOGI )

Et le sujet sera au cœur de la campagne des législatives: Sanae Takaichi a promis d'exempter les produits alimentaires de la taxe sur la consommation de 8% pendant deux ans.

Les partis d'opposition réclament aussi cet allègement, avec d'autres mesures comme le réexamen des cotisations d'assurance sociale.

"Ce qui préoccupe le public, ce sont les mesures pour faire face à l'inflation", confirme à l'AFP Hidehiro Yamamoto, professeur de sciences politiques à l'université Tsukuba.

"Il n'est pas certain non plus que le fort soutien populaire à l'administration Takaichi se traduise réellement par un appui au PLD" tempère-t-il, citant de récents scandales liés aux fonds politiques.

Pour Shoichi Shirai, un employé de 62 ans interrogé par l'AFP à Tokyo, la décision de Mme Takaichi "donne l'impression d'une dissolution vraiment égoïste", privilégiant selon lui les élections au détriment des discussions budgétaires.

"Elle n'arrêtait pas de dire qu'elle allait se mettre au travail, mais dissoudre le Parlement en ce moment revient à ignorer complètement la volonté du peuple", estime-t-il.

- Dette sous pression -

Certes, le gouvernement vient d'approuver un nouveau budget record pour l'exercice 2026 commençant en avril, promettant d'obtenir promptement l'aval du Parlement afin de soutenir les ménages.

Mais Jun Azumi, secrétaire général de la principale formation d'opposition, le Parti démocrate constitutionnel (PDC), juge que la dissolution risque de retarder l'adoption du budget en "sacrifiant" les besoins des ménages.

Plus généralement, Mme Takaichi entend, avec ce scrutin, conforter son mandat pour poursuivre sa politique budgétaire accommodante.

Au risque de gonfler l'endettement déjà pharaonique du pays, qui devrait dépasser 230% du PIB sur l'exercice 2025.

Le siège de la Banque du Japon à Tokyo, le 16 décembre 2025 ( AFP / Kazuhiro NOGI )

Le siège de la Banque du Japon à Tokyo, le 16 décembre 2025 ( AFP / Kazuhiro NOGI )

La perspective d'allègements fiscaux a affolé cette semaine le marché obligataire, déjà échaudé par le colossal plan de relance de 2025 et inquiet de dérapages budgétaires financés par la dette. Les rendements des obligations souveraines nippones se sont envolés, signe de défiance des investisseurs.

- Enjeu des jeunes -

Face au PLD, puissante formation qui dirige le Japon presque sans discontinuer depuis 1955, et à son partenaire de coalition, le Parti de l'innovation, des forces de l'opposition s'organisent pour cette courte campagne électorale.

Le Parti démocrate constitutionnel (PDC, centre gauche) et le petit parti bouddhiste Komeito (centre droit) s'unissent au sein d'une "Alliance centriste pour la réforme".

"Nous relevons le défi sous la bannière du centrisme. Si cela portait ses fruits, je pense qu'il serait possible pour nous d'arriver au pouvoir en tant que gouvernement centriste", a déclaré M. Yoshihiko Noda, coprésident du nouveau parti.

Les analystes estiment que l'élection pourrait être serrée, mais les chances que l'opposition l'emporte restent minces.

"L'enjeu déterminant sera le comportement électoral des jeunes et des personnes d'âge moyen", estime Mizuho Research dans une note. Le gouvernement Takaichi recueillait quelque 90% de soutien chez les moins de 30 ans dans un sondage publié fin décembre.

2 commentaires

  • 12:15

    La dette publique du Japon est certes colossale, mais elle n'inquiète personne car les créanciers sont à 95% des résidents japonais.


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